Sans fin
Il était une fois une phrase qui n’en finissait pas, elle s’avançait avec ses mots, syllabes composées de consonnes-voyelles, voyelles-consonnes, accolées ensemble et puis soudainement séparées d’un espace, avec de temps en temps, pour qu’elle puisse respirer, une virgule, comme une petite vague, un creux, un calme dans le flot des mots, des mots simples, des petits mots, des gros mots, des mots faciles, des mots difficiles, des mots que l’on cherche, que vous lisez, et cette phrase, il vous faut la suivre et la comprendre, les mots s’emmêlent, le début est déjà loin et la fin incertaine, vous démêlez le fil avec peine, mais pour elle aussi, quel travail : ordonner les termes, les canaliser, contenir les bavards, laisser parler les sobres, enchaîner les idées, sans lasser, que sa longueur ne vous berce pas mais vous captive, car à la fin la phrase est toujours là, devant vos yeux, mais d’un coup, épuisée par tous ses mots - sans que vous puissiez intervenir - elle décide d’en finir, et, pour ne pas ajouter de mot aux mots, elle utilise avec élégance et parcimonie ce symbole ascétique, ce graphisme minimal, un simple point, le point final.
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