Table des matières
Improviser en musique
Cette fiche pratique est consacrée au système pédagogique d'Anto Pett dédié à l'apprentissage de l’improvisation.
J'ai découvert ce livre et les exercices qu'il contient dans le silo de la bibliothèque de Lyon.
Ce livre paru en 2007, n'est malheureusement plus disponible.
Je reprend ici les exercices proposés dans le livre, afin d'en faciliter ma pratique.
Vous pouvez consulter la préface du livre pour une présentation du contexte de cette méthode
Pourquoi
L’improvisation musicale apporte une motivation permanente face à son instrument et ce quel que soit son niveau d’étude et de pratique.1)
La pratique exposée ici est une pratique d'Improvisation libre, aussi appelée Musique intuitive.
Il n'y a donc pas de prérequis à la pratique, si ce n'est l'envie d'explorer le son de l'instrument à travers des exercices expérimentaux.
La pratique et le jeu sont au cœur de l'apprentissage et permettent de développer sa maîtrise du son.
Comment
Je reprend ici les exercices d'improvisation élaborés par Anto Pett avec leur fichiers audio d'exemple : antopett-exemples.zip
Les exercices sont présentés dans l'ordre des chapitres du livre.
Le schéma global de la méthode présenté dans le livre est résumé ci-dessous :
- Le cercle extérieur : la ligne de pensée, est très importante, car c'est le fondement de la méthode et elle s'applique à tous les exercices.
- Lisez les instructions disponibles pour chaque partie avant de démarrer les exercices.
- Seul les chapitres disposant d'enregistrements sonores fournit à titre d'exemple sont repris sur cette page.
Ligne de pensée
Exercices
(1) Jeu avec une seule main, sur les touches blanches.
(2) Jeu avec une seule main, toutes les touches.
(3) Jeu avec les deux mains en mouvements parallèles (les deux mains peuvent être écartées d'une octave ou deux, ou davantage).
(4) Jeu avec une seule main, mais sur des doubles notes.
(5) Jeu avec les deux mains en mouvements parallèles, sur des doubles notes (les deux mains peuvent être écartées d’une octave ou deux, ou davantage).
Vitesse de pensée
Exercices
- Jouer un intervalle deux fois en utilisant les mêmes doigts :
(6) Jeu avec une seule main, en utilisant deux doigts pour répéter l’intervalle.
(7) Jeu avec les deux mains, répétitions ad libitum.
¯
- Jouer la même note staccato, essayer d’obtenir une bonne qualité du son :
(8) Jeu avec une seule main, répétition de la même note staccato.
(9) Jeu avec les deux mains, avec ou sans répétitions.
¯
- Comme exercice d’articulation, jouer deux notes en une courbe legato, la première plus fort que la seconde :
(10) Jeu avec une seule main, deux notes connectées par un arc legato. Chaque nouveau groupe commence avec la dernière note du groupe précédent.
(11) Jeu avec les deux mains, groupes de deux et trois notes legato.
(12) Jeu avec les deux mains, groupes de deux, trois, quatre et cinq notes legato.
¯
- Comme exercice rythmique, utiliser des rythmes pointés, sur une seule note.
(13) Jeu avec une seule main, rythmes pointés sur une seule note.
(14) Jeu avec les deux mains, rythmes pointés (sans répétition de chaque note), triolets et syncopes, également avec des notes doubles.
Remplir le vide
Exercice
(15) Jeu avec les deux mains alternées, en utilisant plusieurs dynamiques sur des notes longues uniques, de longs silences et des notes courtes, des notes doubles et des accords.
Mélodie
Exercice
.
(16) Lignes musicales terminées par des phrases de différentes longueurs, silences nets entre les phrases.
Intervalles
Exercices
(17) Jeu avec les deux mains alternées, ligne monodique comportant de grands intervalles dans différents registres.
(18) Jeu en octaves avec les deux mains alternées ; parfois la deuxième main intervient, ad libitum.
(19) Jeu en notes doubles avec les deux mains alternées ; parfois la deuxième main intervient, ad libitum.
(20) Jeu d’une ligne monodique avec les deux mains, avec un écart maximal entre les doigts adjacents, jeu legato.
(21) Jeu avec une seule main, petits intervalles (secondes et tierces mineures). Pour permettre de bien distinguer les phrases, la première et la dernière note de chacune d’entre elles sont plus longues.
(22) Jeu avec les deux mains, petits intervalles.
(23) Jeu avec une seule main, intervalles moyens (quartes, tritons, quintes).
(24) Jeu avec les deux mains en mouvements parallèles, intervalles moyens, note doubles.
Contrastes
Exercices
(25) Jeu avec les deux mains, silences nets entre les courts motifs.
(26) Afin d’exercer la flexibilité rythmique, on pratique des coupures inattendues, variant ainsi la durée de chaque note ou accord. En alternance, jeu monodique avec les deux mains et jeu en notes doubles ou accords.
Mémoire
Exercices
(27) Jeu de gammes avec les deux mains et répétition de motifs simples de trois, quatre ou cinq notes.
(28) Usage de la répétition tout en recherchant un matériau musical plus sophistiqué et contrasté.
Le mur
Exercices
(29) Jeu en crescendo prolongé, augmentation constante de la tension par l'utilisation de trilles et de trémolos.
Le vide
Exercices
(30) Exécution d’un long diminuendo et rallentando, avec un matériau musical répétitif.
Amour universel
Exercices
(31) Dans un état mental contrôlé, recherche d'une qualité de son particulière.
Tonnerre
Exercices
(32) Jeu mobilisant instantanément toute la puissance émotionnelle et physique.
Utilisation des accords
Le point de départ est une variation de l’exercice sur la continuité de la ligne de pensée, avec des notes doubles.
(33) L’exercice commence par une ligne musicale en notes doubles, jouée avec une seule main, et évolue vers des lignes en accords de trois notes jouées avec les deux mains.
Une main joue des notes doubles, l‘autre une ligne musicale monodique. L'utilisation d'accords répétitifs comme points d’ancrage pour l’attention permet de percevoir la ligne harmonique d’ensemble.
(34) Jeu d’une ligne musicale en accords de quatre notes, chaque main jouant des notes doubles.
(35) Jeu avec une seule main en utilisant des accords de trois à cinq notes et en recherchant pour ces accords des structures d'intervalle variées.
On peut répéter la note supérieure des accords comme une pédale et aider ainsi la perception à contrôler l'harmonie en mouvement.
On développe ce concept en ajoutant une ligne de basse jouée à la main gauche, éventuellement avec des octaves.
(36) Jeu avec les deux mains en utilisant des accords construits sur de petits intervalles (secondes et tierces mineures).
(37) Jeu avec les deux mains en utilisant des accords construits sur de grands intervalles, ainsi qu’en utilisant une harmonie par quartes et quintes, avec quatre à six voix.
(38) Mouvements, sauts avec accords de toutes sortes dans différents registres, connectés par une note répétée dans le registre médian.
(39) Mouvements et sauts avec des sons répétés dans différents registres (notes simples ou octaves), en utilisant différentes
sortes d’accords éloignés les uns des autres.
Pour aller plus loin
Préface du livre
Rédigée par Étienne Rolin en mars 2004
Conclusion
Anto Pett
Voici une vidéo de sa chaîne Youtube :
Informations biographiques
Entretien entre Anto Pett et Étienne Rolin
E. R. — Cette fascinante approche de l‘improvisation, que tu viens de nous faire partager, suscite un certain nombre de questions. La première serait celle-ci : ta méthode peut-elle s‘adapter aux joueurs d‘instruments à vents, à cordes, à percussion, ou même aux chanteurs ?
A. P. — Oui. Dans cette courte brochure, je présente ma méthode d’enseignement et je me concentre sur les problèmes pianistiques, mais les mêmes exercices de base peuvent s‘adapter parfaitement à l’enseignement de tous les instruments, ou aux chanteurs. Bien entendu, tous les instruments ont leurs différences techniques spécifiques, et les exercices doivent être abordés en tenant compte de ces aspects (de ces différences). II existe des exercices spéciaux pour les chanteurs, des « exercices de syllabes », qui permettent de développer un langage artificiel créatif. Pendant la première année nous travaillons en leçons individuelles, puis à partir de la deuxième année je travaille en situation de musique de chambre, abordant alors toutes les techniques instrumentales.
E. R. — Quelques questions sont liées au cercle qui résume ton système. La façon dont tu parles de démolir le mur donne à croire que tu conduis les musiciens à un point culminant de nature presque sexuelle, et que si ce point est atteint, alors la leçon est terminée.
A. P. — Le but de cet exercice est de mettre en œuvre toute la puissance de l’élève, et selon les capacités techniques et psychologiques de chacun la leçon peut ensuite se poursuivre ou non, Nous faisons en général cet exercice en fin de leçon.
E. R. — En ce qui concerne la sensation du vide, ma question devient quelque peu existentielle. En brisant ce mur nous atteignions un état extrême, ici nous sommes presque en train d’accepter la mort. Dans ces exercices, on apprend à voler et à mourir. Peux-tu commenter le problème de l’ego et de l‘abandon de tout préjugé avant un moment de partage musical avec autrui ?
A. P. — Il me semble que lorsque tu improvises avec d'autres, tu dois être honnête.
Au fil de vingt années d’enseignement de l’improvisation, j’ai compris la nécessité de développer la capacité de l’élève à atteindre une expression de soi honnête, et à faire confiance à ses partenaires musicaux.
Le facteur temps est très variable suivant les étudiants. Certains atteignent très vite cette capacité à faire de la musique directement. D’autres ont besoin de plus de temps.
E. R. — Combien de temps faut-il, alors, pour construire un artiste capable de se produire en concert ?
A. P. — Il faut plus de temps pour les pianistes que pour les autres instrumentistes, mais cela dépend avant tout du niveau d’expression artistique du musicien. Des instrumentistes solistes peuvent participer à des concerts après un semestre de travail, mais pour les pianistes cela peut demander deux ou trois semestres. Certains musiciens ne veulent pas improviser en situation de concert et je ne les oblige pas à jouer en public, ils sont libres de choisir eux-mêmes le moment approprié.
E. R. — Les maitres russes du XX siècle semblent tenir une grande place dans ton approche du style pianistique.
A. P. — A l’époque (1978-1983) ou j’étudiais à l’Académie de musique de Tallinn, les préférences et les priorités (politiques) officielles se portaient sur la musique des compositeurs russes : Scriabine, Stravinski, Chostakovitch, Prokofiev, etc. Il y a là énormément d’excellente musique, qui a évidemment influencé ma pensée. A partir du milieu des années quatre-vingts, j’ai appris davantage de choses sur les compositeurs occidentaux contemporains, tels Ligeti, Boulez, Berio, Stockhausen, etc., qui ont eu a leur tour une grande influence sur ma pensée musicale. J’ai joué en concert six études de Ligeti et ses pièces pour deux pianos, ainsi que Structures !! de Boulez et d’autres œuvres de compositeurs vivants.
Les Russes ont généralement une pensée mélodique et sont plus traditionnels en ce qui concerne la forme, tandis que les compositeurs occidentaux contemporains montrent plus de liberté structurelle, à travers le travail sériel, aléatoire ou l’électronique en temps réel.
En somme, je me sens à l’aise avec les deux écoles, et avec du recul je regarde l’instant actuel comme l’assimilation musicale du passé récent.
E. R. — As-tu le sentiment de te déplacer vers l'ouest, de la Russie vers l'Europe, puis même vers l'Amérique, puisque tu as aussi écouté du jazz ?
A. P. — J'ai écouté du jazz et du jazz-rock depuis les années soixante-dix : Oscar Peterson, Art Tatum, Chick Corea, Keith Jarret. Le jazz a toujours été la; à vingt ans je voulais devenir pianiste de jazz, mais à cette époque il n’y avait pas de professeur ou de possibilité d’étudier le jazz a l’Académie de Musique. Petit à petit, j'ai développé mes propres systèmes.
E. R. — Cherchais-tu une synthèse entre des idiomes musicaux populaires et sophistiqués ? Dans les années soixante-dix, de nombreux musiciens traversaient constamment les frontières entre jazz, rock, musique contemporaine, musique électronique et expériences multi-média.
A. P. — J'ai une certaine expérience de tous ces types d’interaction, mais lorsque un musicien créatif a une conception claire de l’expression musicale, alors les questions stylistiques perdent en importance. Dans mon système d’enseignement, il n’y a par conséquent aucune limite stylistique, il est ouvert à tous les musiciens. Les contacts entre mon système d’enseignement et des musiciens punk ou de rock progressif ont été extrêmement productifs.
E. R. — Ayant récemment joué avec certains de tes anciens élèves, j'ai remarqué une grande variété de styles musicaux. Même les deux pianistes étaient très différents.
A. P. —Je suis heureux de voir que ces deux pianistes ont trouvé leur propre chemin. L'un d’eux poursuit une carrière classique, tandis que l’autre fait de la musique de chambre contemporaine, ainsi que de la pop et du rock. Ils ont tous les deux étudié cinq ou six ans avec moi, et maintenant qu’ils ont terminé leurs études j’espère que leur croissance artistique va se poursuivre. J'ai offert aux deux chanteurs que tu as rencontrés la possibilité d’essayer de nombreuses « manières » musicales, puis je les ai laissés choisir leur propre voie stylistique.
E. R. — As-tu développé ta réflexion musicale également sous forme de compositions écrites ?
A. P. — Quand j’ai étudié la composition, les techniques structuralistes et sérielles étaient très influentes. Mais il me semble qu’écrire la musique représente toujours pour moi un processus créatif très lent, et après 1988 j'ai complètement arrêté.
E. R. — Es-tu intéressé par le piano préparé de Cage, est-ce selon toi un élément d’avenir pour les spécialistes du clavier ?
A. P. — J'ai commencé a préparer des pianos, pour moi-même, dés la fin ces années quatre-vingts ; ce n’est que plus tard que j’ai entendu les CD et lu les œuvres de John Cage.
Jouer avec un piano préparé, ou à l'intérieur de instrument, est un peu comme jouer d’un nouvel instrument. C’est un monde sonore nouveau, qui réclame des changements dans la technique. Les techniques du piano traditionnel et du piano préparé devraient coexister. Lorsque je suis face a un Steinway neuf, j’ai le sentiment qu’il ne serait pas correct d’altérer la nature de l‘instrument. Je préfère utiliser un instrument plus ancien pour les expériences, et il m’est arrivé de demander deux pianos pour mes récitals en solo.
E. R. — L'usage des clusters est fréquent dans ta technique pianistique moderne, depuis Charles Ives et Bartók jusqu’à Ligeti. Comment intègres-tu cette technique dans ton style de jeu ?
A. P. — Il existe des exercices spéciaux pour utiliser différents accords, et les clusters appartiennent a la catégorie des petits intervalles, avec les secondes majeures et mineures. Il y a un exercice pour les accords formés sur de petits intervalles.
Au concert, j’essaye de trouver des couleurs harmoniques très variées, et les clusters sont les couleurs les plus comprimées. Lorsqu’on utilise des clusters sur une longue durée, il faut écouter très attentivement pour percevoir les changements minuscules dans la texture. Cela permet de ne pas ennuyer l’auditeur.
E. R. — Au cours des premiers mois de l'année 2004, on a pu entendre un bon nombre de musiciens improvisateurs français en visite en Estonie, leurs préoccupations semblent généralement assez éloignées dune pensée mélodique, harmonique ou rythmique. Que penses-tu de cette nouvelle école française du bruit ?
A. P. — Qui peut dire d’où vient cette liberté à converser avec les bruits ? D’Amérique, d’Angleterre, de l’Italie des années cinquante ?
Il y a eu Pierre Schaeffer en France, Fluxus en Hollande et en Belgique, etc. Lorsque j’entends ce genre d’improvisations, j’ai le sentiment que l‘inspiration de base émane des processus physiques. Pour moi, ceux-ci sont souvent brefs et agressifs, et j'ai rarement vu qu'un improvisateur de ce genre puisse se concentrer sur une ligne musicale plus longue. Je préfère un type d’expression dans lequel l’être humain met en œuvre toutes ses capacités pour lier action physique et concentration mentale. J’utilise également largement ce monde des bruits, mais j’essaye de l’associer à la technique pianistique traditionnelle, pour maintenir la ligne de pensée continue.
E. R. — Nous sommes tous a la recherche de nouvelles couleurs, comme si nous étions des peintres acoustiques en quête de quelque merveilleuse palette. La pensée impressionniste de Debussy et Ravel, dans laquelle l‘exploration de la couleur arrive parfois à masquer sa forme rigoureuse, a-t- elle de importance pour toi ?
A. P. — Les compositeurs français que tu cites m’ont beaucoup apporté. Comme ancien professeur d’harmonie, je sais tout ce en quoi la présentation et l’étude de la musique de Debussy ont aidé mes étudiants à se libérer des cadences traditionnelles et de la modulation tonale. Les couleurs et les nuances des sons sont les aspects les plus importants de ce à quoi je réagis lorsque j‘improvise avec d’autres musiciens, Lorsque j’improvise seul, la découverte de couleurs ou de nuances intéressantes inspire mon potentiel créatif : il m’est alors plus facile de mémoriser le matériau musical et de me concentrer sur la forme globale.
E. R. — Parle-nous de ta montre-bracelet qui ne le quitte pas pendant tes concerts. Fais-tu une distinction entre un temps chronologique et un temps psychologique, ce dernier étant plus élastique, et surtout une chose que différentes personnes peuvent ressentir de manière différente, en particulier en groupe ?
A. P. — En situation de concert, lorsque tu improvises, la perception du temps est un phénomène très particulier. Il arrive que l’écoulement du temps dans ton mental soit plus lent, ou plus rapide, que le temps chronologique réel.
J'essaye de ne pas me mettre dans la situation embarrassante ou ton concert est programmé pour durer une heure et ou tu finis au bout de trente minutes ; ou, à l‘inverse, lorsque tu joues plus de vingt-cinq minutes alors qu’on t’en a accordé quinze ! C’est pourquoi je jette de temps à autre un coup d’œil à ma montre, posée sur le piano.
C’est une chose tout à fait naturelle que chaque personne ait une perception unique du temps chronologique. L’ensemble avec lequel j‘improvisait comprenait six musiciens et nous devions tous faire attention au temps chronologique lorsque, par exemple, l’organisateur du concert nous avait programmés pour une durée de quarante-cinq minutes exactement.
E. R. — Il me semble que ton inspiration artistique puise a une autre source que la musique, à savoir la peinture. As-tu été attentif à la création artistique, abstraite ou figurative, de ces dernières années ?
A. P. — J'ai commencé 4 dessiner en 1991 avec l’intention de développer mon sens des couleurs, et le dessin m’aide à découvrir de nouvelles nuances, mais aussi à relier entre elles toutes sortes de formes géométriques. Je préfère les peintures abstraites, qui correspondent mieux a mon intérêt pour les combinaisons de couleurs et les formes libres. Le crayon et les huiles spéciales qui diffusent le dessin constituent ma technique mixte de prédilection.
E. R. — Scriabine et Messiaen voyaient des couleurs dans leur musique, jusque dans tel ou tel accord. Vois-tu un arc-en-ciel lorsque tu joues ? As-tu déjà eu l'occasion de jouer avec des techniciens créateurs de lumière ?
A. P, — Je ne vois pas vraiment de couleurs pendant que j’improvise, mais je les utilise comme points de repères dans certaines situations d'enseignement. L' arc-en-ciel des couleurs commence avec do, et je demande à mes élèves de nommer la couleur d’une note jouée, Les jeunes enfants savent habituellement répondre très vite à ce genre de questions. II m’est arrivé de jouer dans le cadre d’un projet associant le son et la lumière, mais je devais suivre une partition et mes yeux n’étaient pas assez libres pour me permettre de suivre le spectacle.
E. R. — Tu as déclaré que ton système d’enseignement est semblable à une transposition au monde de la musique de la pratique du yoga.
A. P. — C’est une comparaison très approximative, mais la pratique du yoga a eu sur moi une énorme influence, de mème que celle du thaï-chi et du karaté. j'ai adapté certains concepts, indirectement, dans mon enseignement.
E. R. — Cette influence est-elle spirituelle, intellectuelle, ou cette forme d'auto-discipline est-elle un moyen d’associer les niveaux mental et spirituel de la conscience ?
A. P. — Le karaté et les autres arts martiaux m’ont apporté une grande discipline et quelques idées quant à la manière d’adapter leurs méthodes d‘entrainement à l’enseignement musical. Dans le karaté il y a une grande part d’entrainement « moteur », tout comme dans la pratique instrumentale, et au bout du compte on doit être capable d’utiliser la technique acquise pour réaliser un geste spontané. Une discipline différente m‘aide à comprendre comment me libérer de ma pensée routinière en musique.
L'entrainement du yoga m’apporte la compréhension des processus de pensée et cultive ma faculté de concentration. Il faut du temps pour unir cette attitude de pensée au mode d’enseignement occidental. Pour cette raison, développer mon enseignement m’a pris plus de dix ans
E.R. — La méditation joue-t-elle un rôle dans cette relation entre la pratique du yoga et la musique ?
A. P.— Durant les dix dernières années, j’ai beaucoup pratiqué la méditation et j’en ai retiré des idées claires pour mon enseignement. En d’autres termes, oui, il y a dans l’improvisation musicale une sorte d’activité méditative.
Cela représente différents aspects de mon développement personnel.
E.R. — Est-il possible de méditer lorsque le tempo est rapide et les interactions abondantes, ou la méditation réclame-t-elle au contraire une atmosphère lente et intériorisée ?
A. P. — Cela dépend de mes capacités techniques et de mes facultés d'attention, mais je crois qu’il est possible de se concentrer dans toutes les situations. Dans les mouvements rapides, le danger est de perdre le contrôle.
E. R. — On dirait qu'une attitude méditative procure une certaine distance par rapport à ce qui est train de se passer, et que cela permet d’anticiper sur la direction que prend la musique.
A. P. — Cette situation me semble paradoxale. D’un coté je me sens à l‘intérieur du son ou de la couleur des sons, d’un autre coté je peux contrôler ou observer le phénoméne, comme si quelqu’un d’autre jouait dans mon corps.
Les deux cotés sont actifs, et je dois reconnaitre qu’il est difficile de décrire la complexité du transfert en temps réel du processus de pensée.
Autre méthodes d'improvisation
Un site dédié à l'improvisation dans le Jazz : https://www.improvisation-musicale.fr
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