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wiki:imaginaire_social

Imaginaire Social

Il s'agit d'un concept philosophique développé par Cornelius Castoriadis1).

Ce qui fait société

L'imaginaire social désigne l'ensemble des « significations imaginaires » spécifiques à chaque société.

L’imaginaire social rend possible l’institution de l’individu comme individu social et donc simultanément l'institution de la société.

L'institution de la société ne se limite pas au sens courant du mot (école, sécurité sociale, tribunal, église, etc.…), mais englobe l’ensemble des manières-d’être en société, le langage, la coutume, les normes, la technique, etc. Ces institutions les plus fondamentales sont animées par des - ou porteuse de - significations qui ne se réfèrent ni à la réalité ni à la logique. C'est pourquoi elles sont appelées “imaginaires”.

Une institution sociale de base comme le langage (parlé ou corporel) est basé sur l'imaginaire. Il existe une immense variété de langues, de mots qui n'ont, ni la même logique de construction, ni ne permettent de décrire une réalité univoque et commune du monde. Il suffit de réfléchir aux difficultés de traduction d'une langue à une autre pour s'en rendre compte, d'autre part on peut aussi affirmer que chaque langue exprime l'imaginaire de la société qui la porte.

Imagination radicale de l'être humain

L'essence de la psyché humaine est l'imagination radicale de l'être humain singulier. Chacun est soumis à un flot incessant de représentations, de désirs et d'affects. On a beau fermer ses yeux, boucher ses oreilles, il y a toujours quelque chose. Cette chose se passe “dedans” : des images, des souvenirs, des souhaits, des craintes, des “états d’âme” surgissent de façon que parfois nous pouvons comprendre ou même expliquer et d'autres fois absolument pas. Il n'y a pas de pensée “logique” sauf exceptionnellement et discontinûment.

Si les êtres humains étaient livrés sans plus à cette imagination radicale, ils ne pourraient pas survivre. Ce flot leur est au départ tout à fait étranger et les désirs qui y surgissent ne portent pas le sujet vers la vie en commun. Un des affects le plus puissant qui s'y rencontre est, par exemple l'affect de haine qui va jusqu'au désir de meurtre.

L'individu social comme fragment ambulant de la société

Il faut que l'imagination radicale des êtres humains soit domptée, canalisée, régulée et rendue conforme à la vie en société et aussi à ce que nous appelons “réalité”.

Lors de sa socialisation l'individu absorbe les significations imaginaires de la société, les intériorise, apprend le langage, la catégorisation des choses, ce qui est juste et injuste, ce que l'on peut faire et ne doit pas faire, ce qu'il faut adorer et ce qu'il faut haïr. Il devient ainsi apte à la vie en cette société.

Ces significations imaginaires répondent au besoin de sens de la psyché individuelle. L'individu intègre ces significations collectives et les transmet à son tour à son cercle d'influence.

Auto-institution de la société

L’auto-institution de la société ne reprend pas la théorie durkheimienne de la conscience collective : si les individus sont institués c’est en tant que, quelle que soit leur déviance ou leur originalité, ils conviennent toujours à la société dans laquelle ils ont été socialisés : ils sont les fragments ambulants du même type de société.

Castoriadis montre que les institutions sociales : les significations, le langage, le faire, ne peuvent être rapportées à des décisions volontaires, prises contractuellement par un ensemble d’individus.

L’auto-institution de la société est radicale, parce qu’elle n’est pas le fait des individus pris comme éléments d'un ensemble, ni le fait d’une instance transcendante et séparée des individus. Elle est le fait d’un collectif vecteur d'un imaginaire social.

Le Nous par lequel la collectivité se saisit ne renvoie ni à une pure connotation, du type fiction juridique ou symbolique (« le peuple » en tant qu’institué par un souverain distinct d’une multitude qui l’autorise à agir en son nom) ni à une pure dénotation (car, encore une fois, le Nous n’est pas la somme, l’ensemble des individus).

Le Nous renvoie aux significations imaginaires auxquelles les individus participent et qu’ils incarnent de manière différenciée, ce qui fait qu’ils ne sont ni une pure multitude, ni un tout indifférencié, mais un collectif porteur de sens.

Conséquences

L’imaginaire, chez Castoriadis, est cette puissance anonyme, collective et immotivée de faire être des significations d’où vont découler aussi bien les structures symboliques, les articulations spécifiques de la société (économie, droit, politique, religieux, art etc.) que le sous-bassement de ce qu’elle considère comme rationnel ou fonctionnel, ce qui permet de critiquer l’idée qu’il y aurait du rationnel en soi : toute rationalité s’origine essentiellement dans des significations sociales qui sont par delà le vrai et le faux et qui font être telle forme de rationalité comme adéquate à ses fins, instrumentale.

Ressources

1)
Philosophe du XXéme Siècle, il s'est attaché à élucider comment peut surgir l’autonomie collective et individuelle dans une société, quelle qu’en ait pu être l’expression. Il s'est particulièrement interrogé sur le surgissement de la démocratie en Grèce
wiki/imaginaire_social.txt · Dernière modification: 2019/03/26 10:02 par bruno_genere